Mourir stupidement
Mourir.
Non mais, quelle connerie ça, mourir.
On se fait chier à vivre et puis un jours, la, couic, shlack, urk, fini. Il n’y a plus de vivant au numéro que vous avez demandé.
Pfff.
Faites pas attention les gars, il a fallu que je renouvelle ma prime d’assurance vie ce matin et ce truc me fout toujours la coquerelle le cafard. Ça et les nouvelles du sport.
Mais, ha-ha, comme le dit cette bonne vieille blague de macho, «mon rêve serait d’être un popsicle. Vivre gélé et mourir sucé». Ha-ha, presque. J’ai pour ma part le rêve de vivre comme une pinte d’huile à moteur. Se la couler douce et finir vidé. C’est quand même plus subtil.
Et le premier qui me dit que ça implique de finir noir et huileux, ben, je l’emmerde.
N’empêche, il y a des façons de mourir plus dignes que d’autres.
Vous connaissez le le dramaturge grec Eschyle? Non? Eh bien je ne vous en veux pas. Le plus important à savoir sur ce type, c’est qu’il était chauve et (attendez, hé!) qu’il est mort en recevant une tortue sur la tête. Selon la légende, un gypaète barbu (un oiseau, les gars, un oiseau) aurait pris sa tête pour une pierre et lui aurait laissé tomber le reptile sur la tronche afin de briser sa carapace (à la tortue, pas à Eschyle). Raconté comme tel, c’est l’histoire du seul mec sur terre qui est mort en se disant: «j’aurais vraiment dû mettre une tuque».
Bon. D’abord, l’histoire ne tient pas la route. Les oiseaux ont une très bonne vue. Pas question de prendre une tête pour une pierre. Vous avez déjà vu une pierre avec des cheveux sur le coté, vous? Pas moi, et je parie que le volatile non plus. Par contre, je n’ai jamais entendu parler de gypaète (barbu ou non) qui aimaient le théâtre de l’époque. C’est tout en grec, d’abord, et puis c’est emmerdant, ensuite. Ma théorie? Le rapace lui a flanqué le premier truc disponible à la gueule pour la lui fermer. J’imagine le dramaturge dans la forêt à radoter quand VLANG! Tiens mon tabarnaque! (Les oiseaux parlent tous québécois, j’ignore si vous le saviez). Et couic.
De toutes manières, cela valait mieux que la fin de Chrysippe de Soles (arrêtez de chialer, les grecs anciens avaient vraiment des noms de chiotte, et c’est pas vous que les tapez). Chrysippe, donc, Cricri pour les intimes, serait mort de rire en regardant un âne ivre tentant de manger des figues… Le plus surprenant dans cette histoire, hormis de savoir comment un âne peut se saouler, c’est d’imaginer Cricri, un philosophe décrit comme «stoïque», c’est-à-dire s’il ne se laissait pas emporter par les passions, se péter la rate devant une tel spectacle. Je tente d’imaginer monsieur Spock se tappant sur les cuisses en écoutant Jean-Marc Parent et ça ne colle pas plus. Par chez nous on dit: «chépas c’que t’a fumé, mais j’en veux.» Si on me le demande, je dirais que Chrysippe avait fumé la tortue de l’autre con.
Autre cas? Porcia Catonis, épouse de Marcus Junius Brutus, se suicida lorsqu’elle apprit la mort de son mari en avalant volontairement des charbons chauds. Wah! Je me permet de dire que si mon ex-femme avait appris ma mort, la consommation de combustibles fossiles n’aurait pas partie de sa liste. Par contre:
• Appeler l’ambulance;
• Taper sur le cadavre avec une pelle ronde pour s’assurer de l’état définitif des choses;
• Prendre un air triste. Imaginer des ti-minous abandonnés au besoin;
• Regarder les ambulancier partir avec la dépouille;
• Appeler les assurances ; sauter de joie;
• Appeler les pompes funèbres et se renseigner sur le forfait «sac à ordures»;
• Commander du champagne.
Ah, je suis injuste. Elle aurait commandé le champagne avant d’appeler le croque mort, en fait.
Sa mémoire me rappelle la mort de Hérode premier le Grand (pas le gland, le grand). Il est mort en souffrant de fièvres, d’éruptions cutanées intenses, de douleurs abdominales, d’une putréfaction de ses parties génitales qui a fini par produire des vers, de convulsions, et d’une difficulté à respirer. À l’école secondaire, nous avions un nom pour cet état. Nous appelions ça: «approche pas de Cynthia».
Non pas que je souhaite cet état à mon ex-conjointe, quand même. Je suis pas si méchant que cela. Je le souhaite à son amant.
Euh… bon.
Revenons à nos crevés insolites. Il y en a eu des comiques. Prenez saint Laurent de Rome. Ça c’était un marrant. Après avoir déplu aux autorisé suffisamment pour qu’on veuille sa peau, il fut brûlé sur un grand gril en métal à Rome. Durant son martyre, aux lieu de s’exprimer comme le commun des mortel «ouille aïe argh ah ouille!», il dit au préfet qui l’avait condamné et qui surveillait la torture : « Ce côté-ci est assez rôti, tournez-moi de l’autre côté ». Admettez que c’est quand même du sens de l’humour admirable. Un poil plus loin et c’était «Vous avez amené la sauce barbecue? J’aimerais bien m’en badigeonner l’aisselle gauche» ou encore «n’oubliez pas de me gratiner à broil».
Pour trouver plus con, il faut sauter jusqu’au seizième siècle, et je vous épargne les chiffres romains. Notre sujet: Tycho Brahe, astronome. Une type… avec un nom à coucher dehors. Mais un type poli. Voyez-vous, Il aurait été impoli de demander à s’arrêter durant un trajet de plusieurs heures avec l’empereur Rodolphe II ou de s’absenter pendant un long repas.
Alors Tycho serre les jambes pendant des heures, même si l’envie de pisser lui monter jusqu’aux oreilles, avec les conséquences les plus logiques. On raconte que juste avant sa mort, il avait les yeux jaunes, le cou gonflé et une haleine douteuse. Il se serait exclamé «Arghl gouizzz ahhhhh…… psssssssssss». On l’a enterré dans une couche Pampers.











