Le Rouge à la Grimm
En 1812, les frères Grimm, qui eux aussi compilaient des histoires pour traumatiser les enfants, publient leur version. On y note certaines ressemblances:
Il était une fois une jeune et jolie petite fille qu’aimaient tous ceux qui la voyaient et plus encore sa grand-mère qui ne savait rien lui refuser. Un jour elle lui offrit un chaperon de velours rouge qui lui seyait tant qu’elle ne voulut plus jamais porter autre chose. Si bien qu’on ne l’appela plus que “Petit Chaperon rouge”.
Toujours pas de prénom, toujours le foutu capuchon rouge. Par contre, sa maman lui dit:
«voici un morceau de gâteau et une bouteille de vin que tu apporteras à ta grand-mère, elle est malade et faible et pourra s’en délecter. »
Gâteau et vin? Yes sir! Perrault peut se rhabiller avec sa galette toute sèche et son pot de beurre moche. Moi, je vote pour le vin n’importe quel jour de la semaine. Et la mémé court de meilleures chances de guérir.
Quant à la piaule, on la retrouve là où on l’attendait: dans le bois.
Mais la grand-mère habitait dans la forêt à une demi-heure du village. Quand le Petit Chaperon Rouge entra dans le bois, son chemin croisa celui du Loup. Cependant, elle ignorait qu’il était un animal cruel et elle n’eut donc pas peur de lui.
Tss! Chappie est toujours aussi conne dans cette version. Le Loup la convainc de cueillir des fleurs pour sa mamie et en profite pour filer à la cabane.
Pendant ce temps, le Loup alla tout droit à la maison de la grand-mère et frappa à la porte.
« Qui est dehors ? »
« Le Petit Chaperon Rouge qui apporte du gâteau et du vin, ouvre »
« Appuie sur la clenche » cria la grand mère, « je suis trop faible et je ne peux pas me lever. »
Probablement sous-entendu: «Encore une chance qu’elle n’apporte pas de galette, j’en ai horreur. Avec du vin, je pourrai supporter cette petite niaise avec la grosse voix de chien.» Mais je me trompe peut-être dans cette théorie.
La suite est aussi prévisible qu’un film de Sylvester Stallone. Le Loup entre, bouffe l’ancêtre, bouffe la petite fille après le jeu du «comme vous avez de grands… machins!» et tra-la-la.
Pfff!
Belle famille: La grand-mère qui laisse entrer n’importe qui, la mère qui envoie sa fille toute seule en forêt, et la plus jeune qui ne fait pas la différence entre un canidé sauvage de quatre-vingts kilos et une vieille femme affamée. L’hérédité, ça tue.
Fin? Pas tout à fait.
Le Loup ayant apaisé son appétit, s’allongea de nouveau dans le lit et commença à ronfler puissamment. Un chasseur venant à passer près de la maison pensa : « Dieu comme la vieille femme ronfle, tu dois voir s’il ne lui manque rien. »
Hormis le fait que — bordel! — on entre dans cette maison comme dans un moulin, qu’est-ce qui fait penser à un chasseur qu’une grand-mamie qui ronfle a besoin de quelque chose? C’est louche. À croire qu’il y avait quelque chose entre mère-grand et Nimrod. Mais je me trompe peut-être. Reste que…
Puis il entra dans la maison et comme il se trouvait devant le lit, il comprit que le Loup était couché là. « Je te trouve donc là, espèce de vieil impur » dit-il, « ça faisait longtemps que je te cherchais »
Bon. Comme le féminisme étant encore loin dans le futur comme concept (et les frères Grimm n’avaient pas envie de l’inventer), c’est un mec qui le premier remarque le Loup. Il connaissait peut-être déjà le lit et/ou la mémé par contre. Je digresse, je digresse, mais admettez…
Prudent, le chasseur se dit que le Loup a peut-être dévoré sa vieille amie (le fait qu’il porte encore sa chemise de nuit représente un indice sérieux). Il évite de tirer dans le tas.
Il voulut poser sa gibecière lorsqu’il pensa que le Loup avait pu dévorer la grand-mère et qu’il pourrait encore la sauver : il ne tira point mais prit un ciseau et ouvrit le ventre du Loup qui dormait.
Bien logiquement, il en sort la bonne femme et sa petite fille en bonne santé. La pensée magique marche parfois, non?
Le Petit Chaperon Rouge attrapa promptement une grosse pierre et en remplit le ventre du Loup. Lorsqu’il se réveilla il voulut s’enfuir mais la pierre était si lourde qu’il retomba lourdement et mourut sur le coup.
Hé. Ça passe mieux auprès des enfants que «Ouvert par le milieu, le loup déversait ses entrailles partout sur le sol. Au milieu du torrent de sang surgirent Mamie et Chappie, à peine en vie. Le chasseur planta ton couteau entre les yeux du Loup, qui expira dans un hurlement que personne d’entre eux n’oublierait, et que même au village entendirent».
Mais je peux me tromper.




