Le petit chaperon rouge
Que dire, en 2007, du petit chaperon rouge?
En 1697 (ça fait donc un bail), Charles Perrault, (Chuck pour les intimes, la p’tite moustache pour les autres), trace par écrit le récit de cette petite héroïne dont chaque enfant a entendu parler, dans une version ou une autre. Pour ma part, ma mère adorait me traumatiser avec des versions de plus en plus horribles à mesure que je grandissais (et que j’étais en mesure d’absorber le choc). Voyez ce que ça donne aujourd’hui!
Regardons l”histoire de plus près.
Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge.
Ça commence bien, la fillette n’a pas de prénom! On veut bien croire qu’elle était bien agréable à regarder, mais on l’imagine différemment si elle se nomme Julie que si elle est prénommée Mathilda ou Solange. Une idée comme ça.
Un jour, sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit : Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m’a dit qu’elle était malade. Porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre Village.
Alors comme ça, sa mère est folle de la petite, mais à la première occasion, elle l’envoie toute seule dans les bois. Pff! Folle tout court, à mon avis.
En passant dans un bois elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n’osa, à cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt.
Prudent, le mec. Velu, laid, mais prudent.
Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter à écouter un Loup, lui dit.
Hein? Elle ne se serait pas plutôt dit «Ouah! Un loup qui parle! Faut vraiment que j’lâche les muffins au pavot»?
Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup. Oh ! oui, dit le Petit Chaperon rouge, c’est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, à la première maison du Village. Eh bien, dit le Loup, je veux l’aller voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera
Si j’ai bien compris le plan du loup, il est plus facile de s’attaquer à une gamine dans la première maison du village qu’en foret. Hmmm… On comprend mieux pourquoi mémé préfère souffrir que d’aller y acheter de la bouffe.
Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Aujourd’hui, on aurait dit: elle est allé rencontrer ses copines au centre d’achats, a passé l’après-midi dans des boutiques, s’est payé une slush et a complètement oublié la vieille. Mais ça change l’histoire un peu. En rentrant à la maison, elle se serait effouairé devant la télé. «Mémé? Elle était pas là.»
Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand ; il heurte : Toc, toc. Qui est là ? C’est votre fille le Petit Chaperon rouge (dit le Loup, en contrefaisant sa voix)
Déjà un loup qui parle, c’est dur, voilà qu’il devient imitateur… Il chante et danse aussi? Je parie qu’ill bouffe le gens à cause de sa carrière ratée dans le show-business. Les psychos ont tous une histoire triste à raconter. Et ne venez pas me dire «Il n’est pas psychopathe, c’est un carnassier!», parce que je vous répondrais: Les loups, ça ne parle pas, ça se tient avec les autres loups et ça mange des lièvres et des perdrix, parce que c’est plus facile à attraper que les enfants.
Le Loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de trois jours qu’il n’avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s’alla coucher dans le lit de la Mère-grand, en attendant le Petit Chaperon rouge, qui quelque temps après vint heurter à la porte.
Sans blagues. Y’a quand même assez de viande dans une grand maman pour contenter un loup. On voit que l’auteur a quelque chose de plus pervers en tête pour son canin.
Toc, toc. Qui est là ? Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup eut peur d’abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit : C’est votre fille le Petit Chaperon rouge.
Prendre note: il est plus facile pour un loup d’imiter une petite fille qu’une bonne femme. Je consulter un zoologue à ce sujet dès que possible et je vous reviens là-dessus.
Le Petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit. (…) Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé.
Il y a vraiment un petit coté «eurk» dan cette scène. Vraiment. Loup ou pas loup.
Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille.
On aurait probablement dit:«Zut, mémé, t’es vraiment poilue (!). Et tes mains? Sont où tes mains? On dirait des pattes de chien! En fait t’as les oreilles aussi! Et les dents! Elle quelle haleine, mémé, on dirait presque que tu viens d’ingurgiter une vieille peau… D’ailleurs, t’as encore des touffes grises entre les dents!»
À ce moment, le loup mange le petit chaperon rouge. Débile comme ça, on se dit que c’est bien fait pour elle. Pas puissante du cerverlet, la petite… Bien difficile de la prendre en pitié, vu sous cet angle.
Pour bien enfoncer le clou, Perreault ajoute
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte
D’accord Charlie, on a saisi: Hommes = Pas bon, danger, bouh! Femme = victimes, douces, connes.
C’est clair comme de l’eau de poche, euh, de roche.








