Jack Chick contre Donjons et Dragons
Jeudi 15 avril 2010Tout non Américain qui se respecte ignore l’existence de Jack Chick. (oups…)
Chick, pour le décrire, est un éditeur et dessinateur de bandes dessinées à caractère (soyons polis) moralisateur. Pour citer le wikipedia, «Il s’oppose à l’avortement, au catholicisme romain, à l’islam, au judaïsme moderne, à l’homosexualité, au mormonisme, aux Témoins de Jehovah, aux théories évolutionnistes et à la franc-maçonnerie.» En résumé, il est contre tout ce qui n’est pas à genoux en train de prier Jésus-Jésus. Le vrai Jésus. Le sien. Pas celui des autres. Grrr.
Et il déteste aussi Donjons et Dragons.
En 1984, Jack Chick nous pond une BD sur le sujet. (Bonne blague bilingue, ici. Pondre… chick… poussin… Ah, laissez tomber, je vais aller la raconter à un Ontarien).
On peut par contre sentir dans son oeuvre un léger manque de documentation. Étant à la fois un expert du D&D et de 1984, encore plus des deux mis ensemble, je me propose pour l’analyse.
En partant, cette bande dessinée manque de réalisme.

Une partie de Donjons et Dragons… avec des filles? Quoi?
Non, attendez, je sais, c’est sexiste. Reprenons: une partie sans aucun boutonneux à lunettes, maigrichon de surplus? Impossible. (Arrêtez de me faire suer, ce gars-là en 1984 c’était moi, alors si je vous le dis, faut me croire. Si j’avais pu rencontrer des filles à ces endroits-là, j’aurais eu moins mal aux mains. Où plus. Ça dépends.)
Pour bien faire, il manque un petit rockeur de poche et une petite grosse à moustache pour faire vraiment réaliste. Ça, ce n’est que pour les joueurs. Si on regarde le jeu, on se pose des questions. C’est quoi ces figurines gigantesques? Et surtout, où sont les dés? Si Miss Blondinette prétend éblouir un monstre, elle fait comment, bordel? Et le type dans le fond, il lit quoi? Un Reader’s Digest?
Argh!

Le maître de donjon, selon toutes apparences une galoche de cinquante ans (très réaliste, ça aussi), annonce à Miss Rayures que son personnage vient de crever la gueule ouverte. Dans la vraie vie, euh, dans le jeu je veux dire, aurait au moins eu une chance de sauvegarde contre le poison, me semble.
Misse Rayure pète sa coche, en contradiction totale avec le comportement normal d’un joueur qui se serait plus justement exclamé: «Quoi? Va donc chier!» avant de foutre sa bière son cola dans un coin et s’en prendre au maître à grands coups de pieds.

L’image suivante est également d’un réalisme total. Comme le personnage de «Debbie» (un clerc, j’y reviens plus tard) vient d’atteindre le huitième niveau, la galoche l’informe qu’il est maintenant temps pour elle d’apprendre de vrais sorts (souligné, comme dans l’histoire). Ce à quoi Debbie dans sa blouse western répond avec enthousiasme.
Bon.
Pour commencer, tous ceux qui ont déjà joué savent comment c’est nul, un clerc. C’est une sorte de prêtre, un clerc. Ça ne peut pas se servir d’armes coupantes, un clerc. Ça ne jette pas les sorts trippants d’un magicien, un clerc. Bref, on les endure parce qu’il peuvent guérir les blessures des gens utiles.
Deuxièmement: voulez-vous bien me dire où Jack Chick est allé chercher qu’on entrait dans un culte avec le jeu? Hein? Avec une telle imagination, il ne nous reste plus qu’à nous dépeindre une cérémonie mystique avec des illuminés en capuche et un pentagramme. Ce serait vraiment le comble de la stupidité.

Oh.
Vraiment n’importe quoi.
La galoche présente Debbie («Elfstar») aux autres pour qu’elle devienne «Une prêtresse et une magicienne». Je serais tenté de dire que ce sont des classes incompatibles, mais j’aurais l’air d’un type qui n’a pas décroché. (Je vous ai déjà dit que j’avais encore un Commodore 64? Euh… Histoire pour un autre jour.)

Ainsi donc, du jour au lendemain, Debbie a appris la magie et est maintenant capable de lancer des sorts. Avoir su que ce serait aussi facile, j’aurais continué à jouer au lieu de tenter de me faire une copine.

Sa première victime est, bien sûr, son père qui voulait l’empêcher de jouer au Donjons et Dragons. Les pères en 1984 étaient forcément comme ça. Du genre «Au lieu de perdre ton temps avec ce jeu stupide et tes amis, pourquoi ne pas prendre la voiture pour faire les boutiques? Tu me ramèneras une bouteille de vodka en revenant. Tâches de m’en laisser un peu, hein? Ha-ha-ha, tiens, voila un paquet de cigarettes pour la route.»
Donc, Debbie lance un sort de… «bondage» à son père. J’imagine que dans les années 80, le sado-maso faisait moins partie de l’inconscient collectif, parce j’ose croire que l’auteur de cette BD n’imaginait pas le père de Debbie attaché au lit avec des menottes. Portant des petites culottes en cuir. Et une cagoule. En cuir aussi. Avec une fermeture éclair à la hauteur de la bouche. Ou s’il l’imaginait, je préfère ne pas le savoir.

(Est-ce que c’est moi ou elle lui reluque la poitrine? Moi en tout cas quand j’ai le regard à cet angle, c’est rarement pour compter les boutons de chemise.)

Plus tard cette semaine (comme l’indique le panneau en haut à gauche), Debbie retourne jouer au Donjons et Dragons avec la galoche. Notons l’absence de tous les autres joueurs. J’imagine qu’ils n’avaient pas atteint le niveau huit.
La galoche informe Debbie que Macie (Miss-Rayures-dont-le-personnage-de-voleur-nommé-black-leaf-a-claqué-à-la-deuxième-image-de-cette-histoire) veut lui parler. Elle semble en avoir besoin. Mais comme Debbie déborde de compassion (eh, elle combat le Zombie!) elle lui fait dire d’aller se faire voir qu’elle va la rappeler.
Suspense. Presque.

Quand Debbie a fini de tuer le Zombie (oui, majuscule), elle se décide enfin à voir ce qui peut bien chicoter Miss Rayures Macie. Message sous-jacent de M. Chick: les joueurs de Donjons et Dragons de niveau huit font passer le plaisir avant les amis. Bande de chiens sales. Depuis que le personnage de Macie est mort, il semble qu’une «partie d’elle-même» soit morte. Je répète: Suspense. Presque.


Musique dramatique. Macie s’est pendue. Cela ou elle pratique la lévitation en gigotant des jambes.
C’est la faute au Donjon! C’est la faute à Debbie! Musique dramatique, encore, dont je comblerai l’absence à coups de points d’exclamation! (!)
!!!
Remarquez la présence de figurines.
Il faut convenir ici d’une certaine confusion dans le message. J’ignore si M. Chick voulait blâmer le jeu, le huitième niveau, la galoche ou les sorcières pour la mort de Macie. En fait, s’il s’agissait d’un jeu de relier les points, je ne suis pas certain que je me retrouverais avec une image de zébre. (C’est une figure de style, fils.)

La galoche refuse quant à elle tout blâme. «Ça devait arriver tôt ou tard. Son personnage était trop faible.»
Euh… Elle parle de quoi, là?
On se demande si ce sont les joueurs ou Jack Chick qui confondent la réalité et la fiction.
Debbie, pour sa part, commence à ressentir le doute qui mène à la foi… et à ses effets. Mais croisées, regard vide, relations douteuses entre la cause et l’effet. Ah oui, elle est mûre pour la foi.

Et ça continue. Message ici les enfants: cessez de jouer aux jeux vidéo* de rôle. Cela peut pousser les gens suicidaires à, euh, au suicide.
* Cette idée viendra quand Nintendo dépassera Gygax.


Debbie ne sachant plus à quel sein se vouer (j’ai toujours préféré l’écrire comme ça), se jette dans les bras du premier personnage que l’on n’a pas vu depuis le début de l’histoire. D’accord, j’avoue que les gens nommés Mike sont incroyablement intelligents et séduisants*, mais quand même. Ce type porte une veste des années cinquante. Que penser quand il dit que Jésus est la réponse et qu’il a «jeuné et prié» pour elle? Mec, si tu fais un régime parce que tes potes dans la douche ont remarqué ta bedaine, il faut l’assumer.
* En plus de sentir bon. Mais, hé, ce n’est qu’une coïncidence si c’est mon prénom. Juré!


Le reste de l’histoire?
Ah!
Debbie rencontre le prédicateur à moustache, retrouve la foi et se met à porter les habits de sa grand-mère. Pendant ce temps, selon toute vraisemblance (ou ce que la Bible en dit, en tout cas, vous savez, le suicide et tout ça) Macie brûle en Enfer. C’est bizarre la vie, quand même.
Mais, tout est bien qui finit bien parce que, hé, Clark Kent surveille la scène.
Allez, Lou, yah!
N’oubliez pas d’être généreux pour la quête.
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L’idée étant de mettre les minous avec la voix la plus grave vers la gauche et les plus aiguës vers la droite, il ne manquait plus qu’un mécanisme pour pincer la queue du félin pour obtenir un note d’espérance harmonieuse.
Résumé
